Deux personnes allongées sur un lit, dans une pièce éclairée d'une lumière orange, avec des rideaux et des drapes en arrière-plan, créant une ambiance chaleureuse et intime.

Petite histoire de la coordination d’intimité

La coordination d’intimité émerge formellement au milieu des années 2010 dans l’industrie audiovisuelle anglo-saxonne, mais elle s’inscrit dans une tradition plus ancienne d’encadrement technique du mouvement.

Dans le spectacle vivant comme au cinéma, les scènes de combats et de cascades sont chorégraphiées depuis des décennies afin de garantir la sécurité des interprètes. La coordination d’intimité prolonge cette logique et ce savoir-faire en y ajoutant une dimension essentielle : au-delà de l’intégrité physique, elle considère la vulnérabilité émotionnelle, la mémoire du corps et l’impact potentiel des scènes à haute intensité sur les acteur.ices.

Son institutionnalisation s’accélère après les révélations du mouvement #MeToo en 2017, qui mettent en lumière l’absence de protocoles clairs autour des scènes de nudité et de sexualité simulée, ainsi que les déséquilibres de pouvoir sur les plateaux de tournage. Aux États-Unis et au Royaume-Uni, des professionnel.les comme Alicia Rodis (HBO) ou encore Ita O’Brien (fondatrice d’Intimacy on Set) participent à structurer la discipline, avec la mise en place de cadres de consentement explicites, de contractualisation via des “Nudity Riders” (annexes spécifiques aux contrats des acteur.ices), d’une chorégraphie précise des gestes et mouvements, et d’une intégration progressive dans les standards syndicaux (SAG-AFTRA, Equity UK).

Bien que son cadre professionnel soit relativement récent, la coordination d’intimité s’inscrit dans une histoire plus large de réflexions féministes sur le corps, le pouvoir et l’autonomie. Les pensées issues du féminisme Noir et des approches dites intersectionnelles (concept introduit par la juriste Kimberlé Crenshaw qui analyse l’imbrication des rapports de domination) ont permis d’affiner la compréhension des dynamiques sociales qui traversent les espaces de travail. Des auteur.ices comme bell hooks ont contribué à penser le corps comme un espace politique et relationnel. La coordination d’intimité hérite de ces questionnements : elle reconnaît que l’intime, sur un plateau ainsi qu’à l’écran, n’est jamais neutre.

Aujourd’hui, la discipline se développe à l’international. En France, elle commence à s’implanter, participant à une évolution des méthodes de travail qui place le bien-être des artistes et des équipes au coeur du processus créatif.